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Editorial du 17 juin 2010
Congrès de l’EAACI* 2010 : Un déluge de récompenses pour un congrès en quête de vérités et de nouvelles certitudes.
Abondance d’Awards distribués dès la cérémonie d’ouverture à quatre chercheurs venus d’univers différents dans le domaine de l’allergologie avec, cette année, un prix décerné au Pr Sergio Bonini pour ses travaux en faveur de la promotion de l’allergologie en tant que spécialité, salués par un torrent d’applaudissements. Une récompense décernée au Royaume-Uni où l’on ne compte qu’un allergologue pour 2 millions d’habitants …
Le Pr Hans-Jörgen Mailing (Copenhague) fut à son tour félicité par les 8000 allergologues présents pour son investissement dans la prévention des pathologies allergiques et ses travaux sur l’immunothérapie allergénique, un domaine en pleine effervescence.
Fidèle à sa réputation, Londres a toujours su cultiver modernité et classicisme.
Pour preuve : Ses choix musicaux lors de la cérémonie d’ouverture variant entre orchestre philharmonique et variété rock.
Pour preuve : Ses sessions scientifiques, symposiums et débats animés par quelques personnalités hautes en couleur. Entre révolutions d’idées et vérités provocatrices, certains orateurs dont le Pr Jean Bousquet (Montpellier) n’ont pas hésité à comparer les patients recrutés dans les études à ceux retrouvés en consultation. À notre grand étonnement, ils ne seraient guère plus de 7 % à être représentés dans les études tant les critères de recrutement excluant les comorbidités finissent par laisser à l’écart les patients allergiques que l’on croise dans la vie réelle. De là à expliquer les besoins résiduels non satisfaits de tous ces patients rhinitiques qui reçoivent cependant un traitement- standard supposé les améliorer, il n’y a qu’un pas (Cf. conclusions de l’étude TNS à l’initiative du CFOA et présentée en 2009)**.
De nombreux débats portant sur la prise en charge de l’asthme sévère ont insisté sur l’impact de l’allergie dans l’asthme en soulignant le facteur d’instabilité que représentait la rhinite allergique. À titre d’illustration, en Europe, 57 % des sujets asthmatiques ne sont pas contrôlés ! Cette évidence conduit le Pr Marco Contoli de l’Université de Ferrara à inviter ses confrères à « examiner systématiquement le nez des patients lors d’une exploration pulmonaire et vice- versa. « afin d’anticiper sur l’association rhinite -asthme extrêmement fréquente ou du moins prévisible et de proposer au malade un traitement plus approprié.
Revue de la littérature et révision d’idées préconçues proposée par le Pr Randolf Brehler (Allemagne) qui a tordu le cou à certaines affirmations passéistes selon lesquelles, la désensibilisation mettrait du temps avant d’agir, ne conviendrait pas aux sujets poly sensibilisés et ne s’adresserait qu’à des sujets jeunes, autant d’assertions désormais battues en brèche à la lumière d’études rigoureuses
En concluant ce symposium le Pr Howarth a indiqué que « l’efficacité de la désensibilisation se renforçait au fil des années. » Il s’agit donc bien d’un traitement étiologique efficace et sûr y compris chez le patient asthmatique et non seulement rhinitique.
Sensible au progrès qu’il observe dans l’enregistrement européen d’études désormais entreprises à large échelle, le Pr Pascal Demoly (désormais Président de la Société Française d’Allergologie), nous invite à comparer ce qui est comparable, à savoir des traitements entrepris selon des modalités identiques, ce qui n’est pas le cas actuellement entre traitement symptomatique et traitement étiologique dont la mise en route est influencée par la variabilité de l’exposition pollinique.
Ainsi la désensibilisation est entreprise selon un canevas pré et co- saisonnier mais qu’en est-il des traitements symptomatiques ? À quand l’évaluation de l’impact des médications d’appoint ? Quant aux études versus placebo, valeur de référence - ne conviendrait- il pas de diviser en 3 groupes les patients sous placebo en fonction des symptômes observés (faible - medium - sévère) comme le suggère Pascal Demoly afin d’être en adéquation avec le découpage observé avec les autres traitements ?
Si quelques questions restent en suspens, de nouvelles certitudes apparaissent au fil des échanges.
Ainsi : Mieux cerner la responsabilité de l’allergie dans l’asthme, réviser les idées préconçues planant sur la désensibilisation qui répond désormais à des exigences de plus en plus rigoureuses relevant de l’Evidence Based Medecine réserver l’immunothérapie allergénique aux patients atteints d’une allergie sévère(selon les critères ARIA) pour obtenir la stabilisation de leur asthme, telles sont quelques-unes des pistes évoquées pour la prise en charge de l’asthme sévère.
Quatre jours de communication également centrés sur l’allergie alimentaire, l’allergie médicamenteuse, la désensibilisation aux hyménoptères et le lien étroit entre rhinite allergique et asthme qui devrait devenir un réflexe pour chacun des professionnels de santé confronté à une allergie respiratoire. .
Selon la presse anglo-saxonne « 75 % des admissions hospitalières pour asthme pourraient être évitées », qu’on se le dise ….
Monique Charron
Déléguée Générale du CFOA
* European Academy Allergy and Clinical Immunology - Londres 5- 9 juin 2010
** TNS Health care. Enquête téléphonique exclusive menée à l’initiative du CFOA auprès de 1661 personnes âgées de 15 à 50 ans au domicile des personnes interrogées. Cette enquête menée entre le 22 juin et le 1er juillet 2009 révèle que plus de 70 % des patients atteints de rhinite allergique sévère pris en charge ne voient pas leur état s’améliorer.
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